Le Rite Ecossais Rectifié
Tout commence pour le Rite Ecossais Rectifié (R.E.R.) au 18° siècle par la démarche rectificatrice entreprise
par le futur célèbre maçon Jean-Baptiste WILLERMOZ (1730-1824). Initié en 1750, Vénérable Maître 2 ans plus tard, il crée en 1760 la Grande Loge des Maîtres
Réguliers à Lyon où il occupe plusieurs offices jusqu’à la Révolution. Il collectionne volontiers les Hauts Grades par passion, adopte le grade de Rose Croix mais
rejette les grades de Vengeance du REAA. En 1773, il contacte la Stricte Observance Templière allemande et adopte cette forme de maçonnerie templière germanique. Il
crée en 1778, lors du Convent des Gaules de Lyon, très officiellement le RER. Son important travail est récompensé par le Convent de 1782 à Whilhelmsbad qui réunit
alors les délégués français, suisses, allemands et italiens. Principales décisions à retenir : rejet définitif de la filiation historique avec l’Ordre du
Temple et surtout mission confiée à Willermoz de rédiger les cahiers de réception aux grades rectifiés symboliques, ce qu’il fera seul.
Ainsi : les Rituels bleus en 1782, présentation des éléments au 1er degré dont le
mot de passe demeure TUBALCAIN jusqu’en 1785 où il est remplacé par PHALEG. Le second degré est complété par le rejet des métaux. Cependant, le texte final qui ne
bouge pas dans son ensemble est resté jusqu’à nos jours celui utilisé en France, Suisse et Belgique. Puis les Rituels verts en 1776, 1ère version de l’Ecossais
Vert sans mention de St André. Nouvelle version en 1778 toujours dépourvue de la mention, ce qui marque une réflexion par rapport au REAA. Enfin en 1809, élaboration
finale et introduction de St André qui apparaît au revers du bijou de Maître et représenté crucifié en X (de type grec). Ainsi, 1785 et 1908 sont les années-clés
et définitives de la pensée rectifiée de J.B. Willermoz.
L’ensemble du RER est symboliquement et physiquement différent du Rite français
moderne depuis cette époque. Il faut tout d’abord rappeler que la maçonnerie rectifiée est bien chrétienne dans sa forme et dans ses références qui sont sa raison
d’être, son particularisme. Tout candidat reconnaît sans réticence que les valeurs du christianisme ont un caractère sacré mais sans supériorité par rapport aux
autres traditions défendues en maçonnerie. Ainsi, le récipiendaire prête son serment sur le seul Evangile de St Jean, acte sacré et non simple formalité. En effet,
la Bible n’est pas considérée comme une « grande Lumière » et il n’est pas nécessaire de jurer sur Elle.
Poussons maintenant plus avant notre connaissance. Les 3 premiers grades travaillent au
Rituel bleu et le 4ème au Rituel vert ou Grand Ecossais de St André d’Ecosse qui devrait correspondre au 29 degré du REAA. Situons aussi la Loge et ses
décors : située dans le Temple, elle représente le Temple de Salomon réédifié mystiquement par les Francs-Maçons. Ecoutons l’instruction au 1er
degré : » combien de parties dans le Temple ? = 3, le porche, le temple et le sanctuaire. Où travaillent les Apprentis ? = dans le porche. Qu’avez-vous
trouvé ? = un escalier de 7 marches, 2 grandes colonnes à l’entrée du temple et sur l’une la lettre J ». Ainsi, l’apprenti a travaillé dans le porche
en apercevant les colonnes J et B ; il y a donc 3 colonnes dans le temple et 2 colonnes hors de la Loge. En fait, les 3 colonnes sont des colonnes chandeliers qui
matérialisent les 3 Lumières V.M. = Sagesse, 1er Surveillant = Beauté, 2ème Surveillant = Force. C’est pourquoi, ouverture et fermeture des travaux sont exécutés
par l’allumage et l’extinction des colonnes chandeliers par le V.M. Dichotomie caractéristique du Rite : les colonnes J = Force et B = Beauté sont situées
hors du temple et les colonnes Sagesse, Beauté et Force sont à l’intérieur. Il y a donc au RER fusion des colonnes et des Lumières. Au Rite français, Sagesse
était à l’Est, Beauté au Nord et Force au Sud, laissant le tapis de Loge entouré des 3 colonnes. En 1730, les Modernes inversent : le 2ème Surveillant reçoit
la Beauté, le 1er Surveillant la Force mais le V.M. reste à l’Est. Le RER complète donc l’inversion en inversant les attributions des colonnes et en faisant
descendre le V.M. sur la colonne nommée Sagesse. Voici donc la double inversion rectifiée. Ce déplacement des colonnes aux angles du Tableau accentue le
caractère vétéro-testamentaire de la Loge rectifiée en mettant l’accent sur le Temple de Salomon représenté par le Tableau, point de convergence des regards des
Maçons. On peut penser que cette disposition est liée à l’introduction du 4ème degré et plus probablement à celui de Chevalier Rose Croix pratiqué par Willermoz
dès 1765. Restons au 1er degré en revenant au Temple : Temple initial de Salomon : Est = Parvis et colonnes B et J, Temple au centre et saint de saints
ou Sanctuaire à l’Ouest. Inversion moderne : Est = Parvis ou Loge et colonnes inversées J et B, Est = Temple au centre et Sanctuaire à l’Ouest. Double
inversion rectifiée : Est = Sanctuaire ou Chœur, Temple ou Loge au centre, Parvis ainsi que colonnes J et B à l’Ouest.
Voyons maintenant les Lumières de l’Ordre. Outre leur description minutieuse à chaque
degré, elles acquièrent une signification numérologique remarquable et précise. 1er et 2ème degré = 9 Lumières de l’Ordre, 3 sur l’autel du V.M., 3 autour du
Tableau de Loge et 3 sur les plateaux de 1er, 2ème Surveillant et Secrétaire. Voici l’apparition des nombres 3, 6, 9. Au grade de Maître, il y a 15 Lumières, celles
autour du Tableau étant triplées. Au 4ème degré, il en existe 25 assemblées par 4, dont 4 autour du Tableau. Selon la numérologie connue, le nombre 4 est le nombre
particulier de l’Homme (nombre simple quaternaire divin de l’Être non souillé) qui possède en lui les 4 facultés spirituelles : pensée, volonté, action et
opération. Concernant les bijoux, meubles et ornements, au RER, les seuls bijoux reconnus sont l’Equerre (V.M.), le Niveau (1er Surveillant) et la Perpendiculaire
(2eme Surveillant). Il existe 2 séries de 3 meubles : les mobiles Compas, Truelle et Maillet et les immobiles : Pierre brute (Apprenti), Pierre cubique
(Compagnon) et Planche à tracer (Maître). Notons que la truelle remplace la Bible, celle-ci étant recouverte par l’Epée qui signifie que le pouvoir est confié au
V.M., la lame est droite et non flamboyante car en maçonnerie écossaise l’Epée est d’une importance fondamentale puisqu’elle est portée par tous pour égaliser
la roture avec la bourgeoisie et la noblesse. Elle est donc portée en Loge et son maniement est très précisément codifié.
Le Tableau de Loge représente la porte du Temple FERMEE, confirmant à l’Apprenti qu’il
reste hors de la Loge. Le symbole du grade est une colonne brisée, tronquée par le haut et portant la devise ADHUC STAT qui signifie « elle est encore
debout » ou « sa base est encore solide » ; allusion à la survivance templière et à l’image originelle de l’Homme primordial. Cet adage est
le sens profond des appellations de l’impétrant : Cherchant, Persévérant, Souffrant. Dès ce grade, le rituel annonce le but de l’initiation : l’entrée
symbolique dans le Temple et par là-même, la fusion du Maçon avec celui-ci. La clé du RER est bien là : assimilation analogie Homme/Temple représenté comme l’entrée
dans ce Temple du Maçon qui est à la fois constructeur et matériau. Autrement dit : le Temple symbolique est en nous.
Le second degré est axé sur le dépouillement des métaux : argent, airain et fer,
de haute portée ésotérique. Ici apparaît le miroir qui permet au Compagnon d’accepter ses imperfections et de les polir pour se rapprocher du Chef-d’œuvre.
Incitation au travail et redécouverte de l’Etincelle divine.
La problématique du 3ème degré au RER.
La maçonnerie originelle ne comportait que 2 degrés : Apprenti et Compagnon. Les
Maîtres de Loge étaient habilités à diriger une Loge de Maçons opératifs et on retrouve l’appellation de Maître de Marque. La maîtrise était donc une fonction
et non un degré. La première ébauche du drame d’Hiram apparaît vers 1730 et se confirme au rite français entre 1745 et 1755. Les créateurs du RER ont adopté la
version « moderne » de cette légende. Le discours rectifié est communiqué au cours de 4 cérémonies successives ; le 3èmez degré est un passage et
non le sommet. Le symbole-clé du grade est le Mausolée, de forme triangulaire élevé sur 3 marches, mais les décors ne peuvent en être connus ici.
Récapitulons afin d’éclaircir le message : le premier degré insiste sur l’état
actuel de faiblesse mais promet la Réintégration, le second degré apprend que cette Réintégration passe impérativement par le travail à l’aide d’outils
maçonniques, le troisième grade, incontournable, enseigne que le processus rédempteur passe par l’expérience initiatique primordiale mais que le message reste
incomplet. Enfin, le quatrième degré de Maître Ecossais de St André fait vivre la découverte de la Parole perdue et donne la clé du Rite.
Terminons ce voyage au RER en faisant connaissance avec les Officiers et leurs rôles.
Le V.M. est choisi pour 3 ans parmi 3 Maîtres Ecossais présentés par le Comité
écossais. Son installation est effectuée par le Député-Maître ; le V.M. descendant devient de droit ex-Maître adjoint et est nommé
« passé-Maître » ou encore « Maître installé » correspondant au 4ème degré au travers d’une cérémonie particulière, le WORSHIPFUL
MASTER où seuls y assistent les anciens V.M. C’est à ce moment que le « passé-Maître » reçoit des secrets particuliers. Il siège alors à l’Orient
et conseille le V.M. en exercice.
Les Surveillants sont également proposés par le Comité écossais et choisis parmi les
Maîtres écossais.
L’Orateur veille aux devoirs et choses de l’Ordre et ses discours sont préalablement
communiqués au V.M.
Le Secrétaire est également dépositaire des archives.
L’Eleemosynaire (de St Jean de Chypre dit l’Eleemosynaire) assure le rôle d’hospitalier.
Il est en outre chargé de veiller à la conduite des Frères et de donner des informations sur la vie et les mœurs des candidats à l’initia
tion.
Le Maître des cérémonies veille au cérémonial et tuile les visiteurs.
L’économe est chargé des décorations et meubles de la Loge. Il s’occupe également
des banquets. Cette charge peut être réunie à celle de Maître des cérémonies.
Lorsqu’on se rend en visite au RER, on remarque que les Officiers portent, soit habits
noirs et coiffes, soit accessoires ou bijoux particuliers. Le tenue vestimentaire très controversée au sein même de la Loge Lux Perpetua rappellerait le dépôt des
métaux. Il semble exister2 solutions : le masque ou la chasuble noire plus le clamide. Le chapeau viendrait d’une pratique du XVIII° siècle époque où le
Maître écossais portait chapeau.
Sachons que ce rite s’est très peu modifié au cours des temps. Cependant, la
Révolution française voit son déclin pendant presque tout le XIX° siècle et se réveille en France en 1910 avec Camille SAVOIRE le bien nommé, grand commandeur du
Grand Collège des Rites recherchant les traditions maçonniques des premiers temps où il était question de Dieu et de l’invocation du Grand Architecte de l’Univers.
Le RER connut alors de grandes difficultés et dût se développer hors du Grand Orient de France.
Concernant Lux Perpetua, sa turbulente naissance à partir d’un essaimage des Frères de
Georges Couthon et des Enfants de Gergovie, créa d’importantes tensions avec la G.L.N.F. dont elle devait normalement dépendre par son rituel chrétien. Aussi, suite
à la scission d’avec cette obédience, c’est le G.O.D.F. qui accueillit cette jeune Loge meurtrie et désorientée, indiquant cependant que le RER est le seul rite
encore « christianisé » toléré au Grand Collège des Rites par souci historique. Exception complémentaire mais non contradictoire, la place du RER est
bien au sein du G.O.D.F. car en ce Temple tous les Frères rituellement initiés travaillent à l’amélioration de l’Homme par une Fraternité sans faille.
J’ai dit